Agriculture biologique : pourquoi tant de haine ?


Bonjour à tous ! Aujourd’hui, la parole est à mon amie Louise Browaeys, personnellement et professionnellement impliquée dans l’agriculture biologique. Fille d’horticulteurs, ingénieur agronome, elle fait partie du Synabio, le syndicat national des entreprises bio. Louise connaît la réglementation sur le bout des doigts et est proche des entreprises bio françaises. Vous l’aviez déjà rencontré ici et . Alors que les médias comme les plus hautes instances européennes tentent d’affaiblir « la bio », voici un plaidoyer qui met les points sur les « i » : l’agriculture biologique, c’est une évidence. Elle n’est pas parfaite – elle a beaucoup d’ennemis, suscite des convoitises, est tentée par le low-cost – mais nous sommes convaincues qu’elle est l’avenir de l’humanité. Consommer bio, c’est voter au quotidien pour un monde meilleur.

* * *

Depuis quelques temps, l’agriculture biologique est sujette à de nouvelles attaques, en particulier au sujet des résidus de pesticides. Re-situons le débat, remontons le temps.

L’agriculture biologique a été pensée dès le début du vingtième siècle comme une alternative complexe, écologique et intelligente à l’arsenal chimique polluant en développement. En 1972, vingt ans avant que la première réglementation européenne ne voie le jour, quatre principes fondateurs étaient énoncés : santé, équité, écologie, précaution.

Choisir l’agriculture biologique, c’est faire le choix de respecter les grands cycles biogéochimiques, de jouer avec les lois de la fécondité, de cultiver naturellement les sols, de s’élever avec les animaux. C’est refuser la simplification offerte par les pesticides chimiques. C’est une approche holistique, une révolution menée d’abord par les pionniers qui eurent la clairvoyance de réinventer l’agriculture et de défier l’agrochimie pour ne pas emprunter l’impasse de l’agriculture conventionnelle. Un siècle plus tard, de nombreuses fermes françaises ont rejoint le mouvement.

Lorsque j’écrivais mon livre, certains de ces pionniers m’ont raconté combien ils ont autrefois subi le dédain voire la malveillance : dans les années 1980, la bio était une niche brillante, critiquée et incomprise, l’ampleur et la gravité des pollutions étaient peu connues, la majorité des hommes n’avaient pas pris à bras le corps la question de leur santé (survie ?) et de celle de leurs enfants. Aujourd’hui, la bio a fleuri, elle s’est enrichie et épanouie ; elle n’est pas parfaite mais elle n’a plus rien à prouver. Les pionniers sont fiers, les magasins bio sont pleins, la cuisine se renouvelle, les vignerons s’y mettent, les ministres en parlent avec dévotion.

Et pourtant de nouvelles attaques voient le jour. Que se passe-t-il ?

L’impact positif de la bio sur les paysages et la biodiversité n’est plus à démonter : n’est-il pas intimement lié à notre propre santé ?

Revenons sur quelques faits scientifiques :

  • Concernant les résidus de pesticides retrouvés parfois dans les produits bio, rappelons que la filière bio est victime de la pollution des autres filières agricoles (véhiculée par l’eau et l’air), qu’elle est celle dont les produits présentent largement le moins de résidus de pesticides et celle qui est la plus contrôlée.
  • En mélange, ces molécules sont d’ailleurs plus toxiques que prises séparément. Une étude de l’INRA a démontré expérimentalement un « effet cocktail » pour un cinq pesticides trouvés dans l’alimentation. Selon l’expérience, l’accumulation de ces pesticides provoque un endommagement de l’ADN.
  • Contrairement aux idées reçues, on trouve plus de mycotoxines de champs dans les filières conventionnelles que dans les filières bio : la force de la bio réside dans la rotation des cultures qui casse le cycle des champignons.
  • Une cinquantaine d’additifs sont autorisés en bio dans les produits transformés contre plus de 300 dans le conventionnel, ce qui a aussi une incidence évidente sur la santé humaine.

S’agissant du prix des produits biologiques, autre sujet d’attaque, aucune étude ne démontre qu’un ménage qui consomme bio dépense plus pour son alimentation qu’un autre ménage. Consommer des produits biologiques n’est pas une question de pouvoir d’achat mais d’engagement et d’accès à l’information. Les consommateurs bio achètent en particulier moins de viande et de produits transformés et davantage de produits frais ou en vrac.

Au-delà de la bataille des chiffres un peu stérile, il y a la mauvaise foi de ceux qui n’ont pas saisi ce tournant à temps, et qui ne souhaitent toujours pas s’y convertir, même en doutant. Que ce soient des mères de famille, des journalistes ou des académiciens, ils se sentent dépassés et relaient non sans plaisir la moindre faiblesse de la filière bio.

Pourquoi dénigrer la bio aujourd’hui ?

Pourquoi pointer les défauts à la marge d’une agriculture alternative qui n’est pas parfaite mais qui a prouvé qu’elle était une science plus équilibrée, plus respectueuse et plus durable que l’agriculture conventionnelle ? N’est-ce pas irresponsable quand on sait que les rendements de l’agriculture conventionnelle stagnent et que l’utilisation des pesticides continue de progresser malgré le plan ECOPHYTO auquel on alloue chaque année des millions d’euros ?

Nous devons au contraire déployer et explorer sans cesse le magnifique savoir-faire de la bio pour pérenniser la production agricole et la rendre compatible avec le seul objectif de l’agriculture : la santé durable des paysages, des citoyens et des générations futures.

Les photos ont été prises en Suisse par votre dévouée blogueuse !

14 Commentaires

  1. Depuis plusieurs décennies « on » explique aux paysans français qu’il faut qu’ils nourrissent les Français – aux prix les plus bas – mais aussi les Européens et le Monde entier. Même si pour acheter des produits européens cela oblige les paysans des pays du Sud à cesser de produire ce qu’ils ont toujours mangé pour cultiver, pour nous les vendre, des produits que nous ne pouvons produire chez nous.
    Les paysans sont endoctrinés par leur syndicat lui-même soumis à un intense lobbying des industries chimiques et agro-alimentaires.
    En France, Xavier Beulin, qui vient de mourir, était le président de la FNSEA – Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. Il a défendu jusqu’à sa mort l’industrialisation de l’agriculture. Il présidait le groupe agro-industriel AVRIL. Et le président Hollande lui a rendu un vibrant hommage…
    Le bio c’est moins de produits chimiques, moins de gros tracteurs tout neufs, plus de travail humain mieux rémunéré. Comment les paysans traditionnels endoctrinés pourraient-ils voir le bio sous un jour favorable, alors que eux croulent sous les dettes ?
    Et les paysans bio sont heureux ! Ils n’ont presque plus de dettes, ils produisent moins et gagnent plus !
    À nous de les aider, en « votant avec notre porte-monnaie ».
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Xavier_Beulin

    1. Reporterre avait fait une longue enquête sur Beulin et ses businesses : la partie consacrée au bonhomme est ici

  2. Acheter bio et local, encourager les producteurs encore plus que les transformateurs… C’est à dire ceux qui font les matières premières…Bravo car il faut du courage dans un pays aussi réglementé… Sans oubli que c’est aussi socialement clean ce qui n’est pas tjrs le cas des produits bio étrangers. Bravo pour votre engagement.

    1. Ah, la réglementation… Ne lançons pas Louise sur le sujet :-)

  3. Bonjour Hélène (et Louise !). Moi, je suis un peu entre les deux. Depuis que j’ai des enfants, j’achète beaucoup plus de bio, ça me rassure. Mais j’avoue qu’en lisant les journaux, on ne sait plus qui croire. Je rebondis sur le commentaire du dessus : en magasin bio, c’est pas toujours les plus beaux fruits et légumes, mais souvent, ça vient de « loin », enfin pas très locale quoi. Alors forcément, les F&L ne sont plus aussi beaux et parfois moins que les conventionnels. J’aime bien cet article parce que ça rappelle l’intention première du bio et ça, c’est vraiment rassurant et il faut se le rappeler souvent.

  4. Très bon article mais mauvaise question. Pourquoi ces rumeurs ? Je pense que vous avez la réponse mais voulez privilégier à tout prix le bio. A savoir que je suis bio depuis ma naissance mais quand je dis bio c’est du vrai, du naturel que ce soit viandes ou légumes. De nos jours, certains ont bien compris le filon d’or à vendre et à « cultiver » du bio mais on sait pertinemment que ça n’existe pas pour les 3/4 d’entre-eux, en l’occurrence les chaînes alimentaires dites bio. Rien qu’à voir les légumes on a compris et les gens se font avoir. D’autre part, hormis être en montagne comme ces magnifiques photos où rien d’autre ne poussera donc pas de pesticides et compagnies, le bio agriculture n’est pas vraiment vrai. Des vignes au nom connu traité par tracteur aux anti trucs et j’en passe à côté d’un champ immense de pommes de terre non traitées aura le même impact que les vignes car le vent pousse les résidus et d’autant plus la terre absorbant les pesticides coulent sous le champ de pommes de terre. Ce n’est qu’un minuscule exemple mais ça se passe comme ça. Je pense que les gens en ont marre de se faire berner ou « baiser ». Bonne continuation et bravo pour cette balade montagnarde à l’air vivifiant.

    1. Oui, on ne peut pas nier que le bio attise les convoitises. Et que pour casser les prix, on fait venir des fruits et légumes de loin, qui n’ont pas forcément l’air plus beaux et frais que ceux des étals conventionnels mais cultivés plus localement.

      Mais que proposez-vous ? De lâcher l’affaire parce qu’on ne peut pas éviter les contaminations ? Je crois au contraire qu’il faut encourager les agriculteurs bio coûte que coûte, leur faciliter la vie et leur donner plus de poids. Sinon, on restera embourbés dans le système actuel, dominé par une poignée de multinationales surpuissantes.

      Je ne pense pas que les gens en ont marre de se faire berner. Il suffit de se renseigner pour savoir qu’acheter ou non ! Regarder les labels, les provenances. Réfléchir un peu. Le consommateur doit être acteur pour ne pas se faire berner. Et en parlant de se faire berner, on se fait bien plus berner par le non-bio qui ment de façon éhontée sur la nocivité réelle des produits phytosanitaires et des additifs, qui truque les produits (faux miel, confiture sans fruits, etc…).

  5. Ca fait des années que je suis convertie au bio et jamais je n’en ai éprouvé de regrets. Ca me semble évident que les résidus de pesticides qu’on retrouve dans les produits bio viennent des terres qui sont cultivées avec et qui polluent l’environnement, mais c’est toujours bon de le rappeler ! Quoiqu’il n’y a pire sourd que celui qui ne veut entendre ? Je mange bio et végan, et mes courses ne me reviennent pas aussi cher que tout le monde semble le penser et là aussi, il faut rappeler que l’agriculture conventionnelle reçoit des subventions pour continuer à empoisonner la terre, mais les producteurs bio, eux, doivent payer un logo ! De plus, ça fait des années que je n’ai pas été malade. Merci pour ton article et pour avoir partagé de si belles photos :)

    1. Très bon point, Iza, les subventions ! Alors que les labels bio sont très chers… Je te rejoins sur les bienfaits, certes empiriques, du bio : jamais malade, jamais de goût bizarre dans mes aliments et même, lorsque je dois manger « pas bio », je sens vraiment la différence.

  6. Ca fait de bien de lire ça ! Merci Louise et Hélène ! Pour ma part, je crois au bio et je « vote » pour autant que je peux, même si je ne peux pas tout acheter en bio. C’est vraie que ce qu’on lit parfois fait douter, comme les pesticides qui contaminent le bio, le bio qui vient de loin, parfois du bout du monde (Chine..). Il est utile de rappeler ce qu’est l’agriculture bio, au départ. C’est un peu à nous de faire les bons choix parmi le bio, pour favoriser les bonnes initiatives et décourager les opportunistes du bio.

    1. Je t’en prie ! Il faut être un consommateur averti. Eviter le bio de Chine, c’est une évidence. Favoriser les circuits courts, la traçabilité, les bons labels (par exemple, le label AB français est plus exigeant que le label européen, celui avec la feuille blanche sur fond vert). Ici en Suisse, je trouve plein de produits locaux du label Demeter, c’est idéal.

  7. ta dernière photo est vraiment superbe !!
    et tu viens me parler à moi de bio?? moi qui en suis convaincue depuis toujours, écolo (à mon faible niveau) depuis mes premiers jours !
    et effectivement, consommer bio ne revient pas plus cher! suffit juste de se bouger un peu les fesses pour trouver les petits producteurs !!!!!
    aujourd’hui il y a plein de possibilités pour trouver, se faire livrer (ou pas) ses paniers !
    et le goût? on en parle?? rien à voir avec le conventionnel !
    niveau nutritif, pas besoin de comparer non plus !
    le bio nourrit, le conventionnel remplit ! ( pas mal ma formule :D )
    mais les choses changent (petit à petit l’oiseau fait son nid) nous serons ce que nous consommerons ….
    des bises et merci <3

    1. Coucou Résé ! Oui, c’est une vache qui a l’air heureuse. Mais j’ai de houleux débats avec mes collègues suisses, qui prétendent que les vaches suisses aiment leurs cloches. Oui, c’est joli à entendre dans les vallées, mais c’est tellement bruyant à chaque mouvement, ça doit être angoissant… Mon ami dont les parents sont éleveurs soutient que si on les leur retire, elles se sentent humiliées !

      C’est un peu à double tranchant : quand on aime le bio, on se lance à consommer des choses naturellement chères, comme les noix, amandes, du bon chocolat… Je trouve qu’il y a des coûts. Mais si on ne mange pas ou peu de viande et qu’on n’achète pas de produits transformés, au bout du compte on s’y retrouve un peu. La vraie économie pour moi, personnellement, c’est d’avoir des bonnes matières premières qui me donnent envie de cuisiner tous mes repas moi-même, et de ne pas payer à la cantine de l’uni un repas cher et de mauvaise qualité. Et le goût, oh la la… Rien à voir.

      J’adore ta formule :-) Bisous

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