Deux recettes de printemps

pudding chia rhubarbe tartinade betterave raifort

Bien que le ciel ne cesse de nous tomber sur la tête, pensons au printemps : je me suis littéralement jetée sur les premières fraises et courgettes au marché ! Avant d’entamer une petite revue du web qui, je l’espère, vous intéressera, deux remarques à propos des recettes du jour.

Dans la première, j’utilise de la purée de raifort. Peut-être ne connaissez-vous pas cette racine, une sorte de moutarde très utilisée dans la cuisine d’Alsace et des pays germaniques. Elle se trouve assez facilement en grande surface comme en magasin bio – parfois au rayon frais. Le raifort peut être remplacé par son cousin japonais le wasabi.

La seconde recette requiert des graines de chia. Comme elles sont chères et importées de loin, sachez qu’il existe une alternative très simple : remplacez-les par le même poids de graines de lin finement moulues. Le goût du pudding sera un peu moins doux : compensez par un poil de sucre si cela vous dérange, ou utilisez un lait végétal au goût sucré comme celui de riz.

Humains

Le dernier film de Yann Arthus-Bertrand est impossible à commenter. C’est une gifle, douloureuse et jouissive à la fois. Pour moi, il y a eu un avant un un après « Humains ». Ce film m’a fait remettre en question ma vie de bout en bout.

Ce que j’ai aimé, c’est l’absence de commentaire, la non-intervention du réalisateur. Le film est constitué d’une alternance de courts « témoignages », souvent bouleversants, d’hommes et de femmes du monde entier. Nous sont livrés des morceaux de vie, des élans de révolte, des philosophies, des déclarations d’amour, des protestations, des élucubrations… l’être humain dans toute sa complexité, son horreur et sa beauté.

Ces séquences sont entrecoupées de séquences filmées, enveloppées de musique. Le but n’est pas de montrer la beauté ou la laideur à couper le souffle d’un paysage donné, mais d’y inscrire l’être humain : dans un désert de sel, dans une mine, dans la steppe ou dans une décharge à ciel ouvert.

Etrangement, ce film a rencontré une critique acerbe, souvent motivée une grande animosité à l’égard du réalisateur. YAB est décrié car jugé trop « riche » pour être crédible, pour avoir financé ses films auprès de mécènes à la moralité douteuses (« Humains » a été financé par la fondation Bettencourt-Schueller) ou pour son utilisation intensive de l’hélicoptère. A mon sens, ces critiques personnelles n’ont pas lieu d’être lorsqu’il s’agit de commenter ce film grandiose qui n’aurait sans doute pas été possible sans des moyens appropriés.

Génétique et végétarisme

L’université de Cornell aux Etats-Unis avance une explication génétique à l’adaptation de certaines populations humaines à un régime végétarien. Rappelons qu’un « gène » est une région de l’ADN qui contrôle un caractère précis, comme la couleur des yeux. Chaque gène existe sous différentes formes, les allèles : l’allèle des yeux bleus ou l’allèle des yeux verts.

Nos gènes contrôlent le métabolisme des acides gras oméga 3 à longue chaîne (i.e. de grande taille). Ces nutriments sont nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme, pour le développement du cerveau comme pour la régulation de l’inflammation. Un allèle « végétarien » a été découvert, permettant à ceux qui le possèdent de convertir très efficacement les oméga 3 à courte chaîne (i.e. de petite taille) issus de l’alimentation en oméga 3 à longue chaîne. Ainsi, une alimentation végétarienne, ne contenant que des oméga 3 à courte chaîne, est appropriée.

Un autre allèle a été découvert, correspondent à une conversion peu efficace, nécessitant un apport alimentaire en oméga 3 à longue chaîne plus important. Cela signifie, par exemple, la consommation de poissons gras (saumon maquereau…).

L’allèle « végétarien » aurait été détecté chez 70% des habitants d’Asie du Sud et 68% des habitants de l’Inde, des régions où le végétarisme est dominant. Plus de 50% des africains mais seulement 17% des européens et 18% des américains présenteraient cet allèle.

De là à dire qu’une majorité des européens « n’est pas faite » pour le végétarisme, il n’y a qu’un pas. Pourtant, d’autres facteurs sont à considérer, comme les bénéfices prouvés d’une alimentation végétale sur la santé cardio-vasculaire !

Il est délicat d’avancer une explication en termes d’évolution. Une possibilité est que l’apparition de l’allèle « végétarien », par le biais des mutations naturelles du génome, aurait permis à ses porteurs de prospérer dans un environnement où l’alimentation végétarienne prédominait. De futures avancées scientifiques pourraient établir si la santé des porteurs de l’allèle « végétarien » pourrait pâtir d’un changement de régime alimentaire.

Les incroyables comestibles

Les citoyens lambda comme vous et moi pourraient-ils parvenir d’eux-même à l’auto-suffisance alimentaire ? Cela semble irréaliste, mais le monde a besoin de rêveurs et certains parviennent à des résultats bluffants ! Apparu en Angleterre (les incredible edibles), ce mouvement est porté par des individus décidant de mettre à la disposition de leurs concitoyens des espaces collectifs de culture de fruits et légumes. Au départ, le jardin de l’un ou de l’autre, puis, peu à peu, les municipalités s’en sont mêlées, aidant les organisateurs à préempter des terrains pour la culture de produits locaux.

Un exemple réussi en France est celui de la ville d’Albi. Permaculture, agriculture bio, tout en évitant la distribution et en favorisant le contact humain. Sont mis à contribution les rues, les jardins privés comme publics, les friches à l’abandon… Pas besoin d’avoir les pouces verts : tout le monde est le bienvenu, novices comme jardiniers confirmés.

Si l’initiative vous intéresse, le site Web des Incroyables comestibles recense les initiatives actuellement actives en France et offre des conseils pour se lancer.

Les Social Impact Bonds

Avec la crise financière de la décennie passée, l’on sait à présent que l’imagination des banques est sans limite lorsqu’il s’agit de créer des actifs aussi complexes que risqués. Les Social Impact Bonds, en revanche, ça n’est pas comme les dérivés de crédit. C’est une façon nouvelle de financer des actions sociales, sans faire appel aux fonds publics mais en faisant appel à des investisseurs privés – banques ou particuliers, par exemple.

Le principe est simple : les investisseurs prêtent de l’argent à un organisme chargé de mettre en place, grâce à ces fonds, un projet à vocation sociale (réinsertion de prisonniers, réduction du nombre de SDF…). Un indicateur de réussite est précisé : par exemple, une diminution de 10% du taux de récidive des prisonniers après libération.

Lorsque le projet a abouti, les investisseurs sont remboursés avec des intérêts d’autant plus importants que la réussite du projet est grande. Cette rémunération avec intérêts est versée par l’Etat. Les intérêts sont financés par les économies budgétaires que la réussite du projet aura permis à l’Etat de réaliser.

Pourquoi c’est mal ? Les SIB pourraient réduire l’incitation des gouvernements à financer eux-même l’action sociale et les dé-responsabiliser. Il est également moralement douteux que les Etats versent des intérêts aux investisseurs, alors que ces montants pourraient être investis dans d’autres actions sociales.

Pourquoi c’est bien ? Du point de vue social, ces actions sont complémentaires de l’action publique et correspondent à des projets que les Etats n’auraient pas entrepris. Dans le contexte actuel d’endettement des états, ces fonds supplémentaires sont plutôt les bienvenus. Comme les investisseurs souhaitent une rémunération, l’incitation à la réussite du projet est grande et peut garantir un succès plus grand que l’action publique. Enfin, rien n’empêche les investisseurs de SIB de ré-investir leurs bénéfices dans de nouveaux SIB…

En bref : quelques liens en vrac pour finir !

  • Vous êtes végétalien et vous vous inquiétez pour votre apport en calcium ? Pas de panique, la merveilleuse Géraldine du blog My Sweet Faery a pensé à vous. C’est le sujet de son dernier livre… Calcium Végétal !
  • Vous n’avez pas encore eu le temps de vous faire un avis sur le TTIP, le partenariat de commerce entre les USA et l’Europe qui s’élabore en cachette ? Moi, si, et je suis contre – et pas seulement parce que je ne veux pas voir 200 000 tonnes de boeuf américain aux hormones envahir les étals du vieux continent ! Les opposants du TTIP ont un site web bien documenté que je vous invite à lire.

A bientôt !

tartinade betterave raifort

Sauce-tartinade de betterave au raifort

Pour 1 bocal

  • 1 grosse betterave cuite
  • 1 c. à café bombée de raifort en purée (ou de raifort frais râpé)
  • 1 c. à soupe de tahin (purée de sésame) complet
  • Jus d’1 citron
  • Eau

Mixer l’ensemble des ingrédients à l’aide d’un blender. Ajuster la quantité d’eau en fonction de la texture désirée (crémeux ou un peu liquide).

pudding chia rhubarbe

Pudding de chia au thé vert, à la rhubarbe et aux fraises

Pour 2 personnes

  • 1 c. à café (ou 1 sachet) de thé vert
  • 400 mL de lait végétal
  • 60 g de graines de chia
  • 1 branche de rhubarbe
  • 1 figue séchée
  • 1 poignée de fraises

Faire infuser le thé vert dans le lait végétal chaud. Laisser tiédir. Mélanger l’infusion aux graines de chia et laisser reposer 1 heure au moins. Mélanger régulièrement pour désagréger les amas.

Faire compoter la branche de rhubarbe et la figue coupée en dés. Laisser refroidir.

Servir le pudding de chia dans des verres ou coupelles, surmonter de compote de rhubarbe et de fraise fraîches.

17 Commentaires

  1. […] (oui la modestie n’est pas ma plus grande qualité…). Depuis que j’ai commencé ma transition vers le végétalisme je m’essaie aux fromage végétaux, pas pour compenser un quelconque manque mais par réelle envie de remplacer les produits laitiers dans la mesure du possible et aussi parce ça permet de découvrir beaucoup de nouvelles recettes ! Sauce-tartinade de betterave au raifort. […]

  2. Peggy dit :

    Bonjour Hélène,

    Merci pour ton point de vue sur cette revue du web. A lire aussi sur les SIB, un excellent article d’alter eco :
    http://www.alterecoplus.fr/agir/le-mirage-des-contrats-a-impact-social-201604210700-00003333.html

    Côté cuisine, j’aime beaucoup cette association rhubarbe-figues. Dans le même genre et pour le début de saison de la rhubarbe, je m’inspire d’une recette de Green Kitchen Story pour faire une compote rhubarbe-figues-cardamome. Je n’y aurais pas pensé toute seule, mais cela s’harmonise très bien!

    A bientôt
    Peggy

    1. Hélène dit :

      Merci Peggy, j’ai aimé cet article ! J’en ai profité pour découvrir Alter éco, moi qui ne lis que les médias indépendants anglais ou américains, j’ai été agréablement surprise par ce site. C’est assez rare de trouver de l’information non-biaisée en français…

  3. Taia dit :

    Hyper intéressants tous tes liens ma chère Helene! Notamment sur le gène du vegetarisme, encore une preuve qu’il n’y pas de regime unique mais qu’il convient de s’écouter. Moi qui reve d’être vegetalienne et entourée de gens qui le sont et ont l’air en pleine forme, ça me rappelle que le corps à ses raisons, à ne pas négliger… Sinon j’espère que tu vas bien et je te rappelle que ma porte est TOUJOURS ouverte si tu passes à Paris. Je t’embrasse. Taïa

    1. Hélène dit :

      Oui, cet article fait comprendre qu’il n’y a pas que l’éthique qui compte. Si on y regarde d’un peu plus près, on peut trouver plein de témoignages sur internet de personnes pour qui le végétalisme ou le végétarisme n’a pas été synonyme de bonne santé. L’avenir, c’est la nutrition fondée sur le génome. Je suis sûre que très vite, la technologie permettra à chacun de savoir quoi manger pour être au mieux de sa forme. Bref, on ne peut pas plus dire « on devrait tous être véganes » que « on devrait tous être carnivores », c’est négliger l’immense complexité et diversité de la génétique ! Merci pour ton message qui fait chaud au coeur :-)

  4. Oh, merci pour ces recettes printanières… Sur un coup de tête, j’ai acheté une racine de raifort et depuis je peine un peu à l’écouler (parce que, diable, que c’est fort!). Du coup j’accueille ta recette avec plaisir. J’avais déjà tenté la soupe betterave-raifort et j’avais beaucoup aimé (une fois rallongée pour diluer la belle rondelle de raifort que j’avais innocemment glissé)… Les toasts à l’avocat, c’est aussi ma petite faiblesse, même si pour l’instant, j’attends que les prix redescendent un peu… Bien à toi.

    1. Hélène dit :

      Haha, j’ai fait comme toi un jour… Et la racine a desséché au frigidaire. Alors j’achète de la purée maintenant… c’est légèrement plus facile à utiliser !

  5. Laurence dit :

    Merci pour cet article qui tombe à pic ! On vient de m’annoncer que j’avais de l’ostéoporose sévère – à 43 ans !!! -, je me suis donc empressée de commander le livre  » Calcium Végétal « , car il faut que je modifie mon alimentation.
    Et les 2 recettes me font trop envie !
    Bonne journée…
    Laurence

    1. Hélène dit :

      Oh, non !!! J’espère que tu ne paniques pas !!! Je suis sûre que tu vas trouver plein d’informations sur le sujet dans le livre. Bon courage pour la transition !

  6. Rose dit :

    Génial ton article, Hélène.
    Tu m’en as appris beaucoup. Je vais penser à regarder Humains, sans faute. C’est très intéressant également cette recherche sur le génome. Merci pour toutes ces infos auxquelles je n’aurais pas accès sans toi je pense.

    1. Hélène dit :

      Merci Rose ! Tout est sur internet :-) il suffit de fouiner dans les coins – ma spécialité ! Bisous !

  7. Hélène dit :

    Bonjour Hélène,
    Je reviens sur votre précédent post car je l’ai réalisé ce week-end, ce dahl : un pur délice, nous avons voyagé en restant à la maison… Je l’avais accompagné de riz thaï à IG bas (cf Marie Chioca), cela facilite le régal et chasse les « petits démons » , je vous remercie pour votre partage, j’attends toujours avec impatience vos publications!
    Bien à vous,
    Hélène.

    1. Hélène dit :

      Bonjour Hélène, merci pour ce gentil message. Je suis ravie que cette recette vous ait plu ! A mort les petits démons :-) Bonne journée à vous.

  8. fantastique !

    1. Hélène dit :

      Merci !

  9. Merci pour l’article, c’est au top et très intéressant ;)

    1. Hélène dit :

      Je vous en prie !

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